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Cérémonie pour la paix et la concorde en la chapelle d'A'gloth

En ce jour béni et sacré pour les fidèles d'Oculus maximus, nombre de fidèles – humains pour la plupart, mais accompagnés par quelques nains, halfelins, alors qu'un elfe et un semi-orc furent visibles – s'étaient portés vers la chapelle de l'Oeil flamboyant au quartier central de Luminis, afin d'y assister à la liturgie de la Paix du clergé. Tout ne se déroula pas comme prévu au cours de ce jour saint, toutefois.

Tout d'abord, on découvrit à l'intérieur, au lieu du prêtre, deux vigilants, dont un à l'armure noire rehaussée de dorures qui commanda à un draï de quitter le lieu de prières pour des raisons cultuelles et théologiques.


Ensuite, on comprit que l'absence du prêtre devant célébrer la cérémonie allait se prolonger ; ce fut alors le vigilant protecteur Clovis Valoris qui eut l'honneur de prononcer un prêche, qu'on l'appelle discours ou sermon, à l'attention des fidèles.


Ayant pris soin d'expliquer la blessure du prêtre à cause de la pluie torrentielle qui venait de s'abattre, il fit de son mieux, assisté par un autre vigilant à l'armure orangée qui avait apporté un processionnaire et tout le nécessaire liturgique, encensoirs et bougies. Le célébrant rendit hommage à l'ordre des Vigilants et à ses frères d'armes tombés au combat, pour la gloire d'A'gloth, le soutien des miséreux et la Justice qui triompherait un jour dans une Luminis régénérée et répondant à son nom, débarrassée de la corruption et des gangs l'infestant. Il rappela tout autant le dévouement sans limite des prêtres et des sœurs pour soigner les maux de l'âme et du corps, le courage des fidèles minoritaires dans les quartiers raciaux, et l'importance du rôle des arpenteurs dans cet extérieur hostile qu'il faudrait rendre à la paix un jour.

Il énonça comme principe qu'il ne fallait pas attendre le règne de Lumière d'A'gloth par un miracle, car cela devait commencer par la conversion des cœurs : chacun devait contribuer par son exemplarité, au sein de sa famille et par ses rapports justes avec autrui, à la construction de la Paix. Il termina par une image, en montrant l'addition des fois des fidèles, comme des pierres faisant s'ériger une cathédrale constituant la Cité de Paix et de Lumière.



Voici le texte du prêche improvisé par le Vigilant Protecteur Clovis Valoris, tel qu'il a été consigné dans les archives :


« Mes frères et mes sœurs en la sainte Lumière d'A'gloth, soyez remerciés d'avoir rejoint notre chapelle afin de communier dans la vérité et dans la bienfaisance de Sa Lumière.

Je me tiens devant vous du fait de la blessure malheureuse de notre saint prêtre ; prions pour qu'A'gloth lui confère un prompt rétablissement.

Certains d'entre vous me connaissent comme vigilant au rang de protecteur, aussi je ne suis pas prêtre consacré. Toutefois, pour faire honneur à votre foi exemplaire pour tout Luminis, ainsi qu'à ce jour béni entre tous pour notre église, je tiens à prononcer des mots solennels en faveur de la paix et de la concorde dont nous souhaitons tous l'émergence.

La Paix ! C'est là un mot et un principe, un idéal devrais-je dire, pour lequel l'ordre des Vigilants combat tous les jours, sans compter les forces qu'il met dans ce combat. La paix est un impératif que l'ordre des Vigilants défend avec son sang depuis toujours en Luminis ; cela ne fait qu'environ un an que j'ai atteint cette cité, et pourtant, j'ai le regret et l'immense tristesse d'avoir vu tomber plusieurs frères, dont la bravoure et le dévouement étaient sans limites.

S'ils n'ont pas hésité à faire don de leur vie et à prendre des risques inimaginables, c'est pour donner satisfaction à Oculus maximus, Notre Seigneur, mais c'est aussi parce qu'ils savaient qu'ils étaient le dernier rempart de la Justice dans une cité corrompue aussi bien par ses prétendus gardiens que par des gangs innombrables ! Ces vies, ils les ont donné pour vous dans l'espoir de contribuer un jour à l'émergence d'une Luminis nouvelle, où ceux de la ville haute ne seront plus les seuls à jouir de la tranquillité et où les humbles pourraient profiter en paix, légitimement, du fruit de leur labeur, gagné à la sueur de leur front !

L'ordre des Vigilants combat pour qu'un jour Luminis réponde au projet de Gloire et de Lumière d'A'gloth. Mais nous ne sommes pas seuls ! Nos prêtres et nos sœurs sont à vos côtés au quotidien pour soigner vos blessures de chair ou d'esprit, pour vous guider dans une ville où les coups bas et où le vice, la perdition, peuvent se trouver à n'importe quel coin de rue. Je tiens à rendre hommage aussi à ces saints dévoués, qui favorisent chaque jour l'esprit de paix qui règne dans notre église.

Je tiens encore à rendre hommage à tous nos fidèles qui ont le courage de persévérer dans la foi, dans des quartiers où nous sommes très minoritaires. Ne baissez jamais les bras, car de vous dépend le salut de vos frères de sang sur le long terme, et vous serez récompensés par l'Oeil dans Sa lumière après votre mort, avec la conscience d'avoir contribué à l'émergence d'une cité où la barbarie ne soit plus la seule réponse aux problèmes des uns et des autres. Songeons aussi que la concorde favorise l'émergence des arts et de la créativité, et en cela nous remercions nos fidèles elfiques également, de continuer à entretenir le foyer de Lumière parmi les leurs.

Mes Frères [arpenteurs] dans le Soleil qui nous gardez des dangers de l'extérieur, je vous suis aussi particulièrement redevable, au nom de notre clergé. J'ai participé avec le père Tibérias en Néraï à une expédition jusqu'à votre campement, et je tiens à édifier l'assemblée sur le dévouement et le courage qui est le vôtre ; vous êtes la vigilance d'A'gloth en ces contrées sauvages qu'il nous faudra rendre à la paix également un beau jour.

Plus généralement, j'appuie la persévérance de tous nos fidèles, de Sarmath, de Bordnagar, de Vilbas, de Lokdanor, de Ven Aeldyr, qui par leur exemplarité contribuent à l'émergence de cette cité de paix. N'attendons pas un miracle pour qu'elle survienne ! Car je vous le dis, c'est de chacun de nous que dépend la venue de la concorde. Témoignez par l'unité de vos familles, montrez-vous fermes contre le vice et le péché, mais généreux avec le miséreux et le pauvre. Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas que l'on vous fasse. Le règne de la Lumière d'A'gloth commence ainsi par la conversion des cœurs de chacun. Chaque vie honnête et morale dans le respect de nos dogmes, constitue une pierre du grand édifice d'A'gloth ; nos fois ajoutées feront s'élever un beau jour une cathédrale de Lumière où nous serons fiers d'habiter. Et si ce n'est pas de notre vivant, œuvrons pour les enfants qui en profiteront en nous remerciant et en priant pour notre mémoire !

En conclusion, et si vous ne devez retenir qu'une chose : c'est de chacun de nous, chacun à la place qu'A'gloth a voulu nous donner dans Sa lumière, que dépend notre salut et celui de Luminis.

Mes Frères et Sœurs, recevez au nom de l’Église du Seigneur de Lumière, la bénédiction qu vous soutiendra toujours, qui vous affermira dans l'épreuve et vous consolera dans le chagrin, mais aussi qui rendra plus éclatante votre joie. Que vos efforts se conjuguent pour bâtir la grande cathédrale de la foi dans la Cité de Paix ! Ainsi soit-il. »

La mort d'Agrippa le géant

[Le 20 décembre 2012.]


Je venais de sortir d'une longue prière en notre sainte chapelle d'A'gloth, quand je remarquai de l'agitation sur la place du marché, et pas des moindres : le semi-orc colossal Agrippa était en train de courir après la corsaire elfe Edaniel, ou bien c'était l'inverse, je n'avais pas vu le début. Plusieurs personnes étaient en train de regarder cela d'un air inquiet, dont quelques miliciens attentistes et deux personnes du Klan, Haïssa et un homme en noir au chapeau dont j'ignore le nom. Ces deux dernières étaient tendues et hésitaient à tirer, d'autant que le géant poussait sans ménagements tout ceux qui se trouvaient sur son passage. Hélas, la situation empirait et Agrippa finit par se saisir d'un nain qu'il projeta comme une vulgaire balle, à la vitesse d'un boulet de canon ; il fallait intervenir et que cela cessât. Agrippa finissait par me reconnaître d'ordinaire, et j'étais toujours parvenu à le calmer ou à détourner son attention d'une façon ou d'une autre. Jusqu'alors. Il était cette fois complètement enlevé à lui-même et lancé sur sa furie, car si je m'avançai vers lui l'épée au fourreau, je n'eus pas le temps d'ouvrir la bouche qu'il se jeta sur moi. Par la grâce d'A'gloth, je me défendis vaille que vaille et encaissai les coups qu'il me porta rudement, pendant que la corsaire en profitait pour le rouer de ces coups de poing dont elle a le secret, et que le Klan le criblait de balles : un coup de poing de l'elfe fit ensuite craquer le crane du géant, et des balles bien ajustées d'Haïssa achevèrent le tout, s'il en était encore besoin.


J'étais pour le moins agacé à cause du rôle qu'on m'avait forcé à jouer dans tout cela ; j'avais bien conscience du danger que représentait Agrippa, mais il n'était jamais qu'un simplet dans un corps disproportionné qui ne pouvait être vu de la même manière qu'un criminel ayant le mal chevillé au corps. Ma consternation ne retomba pas quand je compris qu'Edaniel avait dû provoquer Agrippa parce qu'Haïssa lui avait laissé entendre qu'elle ne ferait pas le poids contre lui : tout cela pour une histoire d'orgueil et de pugilat encore une fois, qui aurait pu coûter la vie à bien plus d'innocents. Ce qui était certain, c'est que ni la justice ni la morale n'en ressortaient grandies, même si Haïssa me rappela l'épisode où elle était restée deux semaines à l'hospice après que le géant eut arraché son bras à un ordonnateur. Edaniel et elle me rendirent même presque responsable des suites parce que j'aurais « attaqué » le géant : je me remis les choses à leur place, je m'étais avancé désarmé d'abord, et cela n'avait mal tourné que parce qu'on s'était chargé d'exciter le colosse comme un taureau d'arène bien avant mon arrivée sur les lieux. Il fut question d'Edaniel qui n'aurait pas voulu lui donner ses cheveux également, mais lassé comme je l'étais, je préférai quitter les lieux, en ayant assez de leurs enfantillages comme je le laissai clairement entendre. Une discussion avec Haïssa du Klan me revenait alors, sur la façon dont elle traquait le mutant sans hésiter, quoi qu'elle en pensât ; une façon de faire qui semblait s'appliquer à bien d'autres choses.

Tout ceci n'est peut-être pas le plus grave : en effet, une fois le géant tombé, la milice survint pour contrôler les lieux, et l'ordre de l'Anamorphose s'empara du corps d'Agrippa pour l'emmener du côté du quartier industriel, dûment protégé par la milice qui se débarrassa aussi de la corsaire Edaniel, qui aurait tenté de s'opposer à la saisie d'après sœur Mazarine Voss qui s'occupait d'elle à l'hospice. J'ai consenti à ce qu'un vigilant garde l'hospice une demie-journée, le temps que l'elfe soit rapatriée dans son quartier ; un assassinat était bien suffisant pour ce jour.

Au nom d'Oculus maximus,

Vigilant Protecteur Clovis Valoris

Une émeute pour la Cité haute

[Le 18 décembre 2012.]


Plusieurs personnes, dont le prêtre de Néraï Tibérias et le maître d'armes Harald Thorvaldson, étaient en train de discuter des nouvelles propagées fraîchement par le Jongleur de Luminis à propos de la Louve et de Don Gormi, le premier me demandant notamment si l'Oeil avait prévu la nature de la revendication du crime, quand un déploiement inhabituel de la milice fut remarqué sur la place de la chapelle et du portail. On comptait des armes blanches autant que des armes à feu de techno-artificiers, mais c'était surtout la nervosité des miliciens qui était perceptible : quelque chose allait se passer.


Une foule de mécontents émergea soudain d'un des axes principaux du quartier, venant se fixer devant le portail ; leurs revendications furent on ne peut plus claires : ces gens voulaient gagner la Cité, car ils prétendaient qu'il n'y avait plus rien à faire dans la partie basse de la ville. Le sergent qui se tenait devant le portail avec ses hommes se montra d'abord plus raisonnable que nous, les spectateurs de la scène, ne nous y attendions ; il rappela simplement que l'accès qui était demandé était interdit par la loi. Toutefois, les choses s'envenimèrent rapidement, quand un des humains de la foule bariolée – on y comptait plusieurs races, et j'aurais été bien en peine d'y reconnaître ou non de nos fidèles – poussa un des miliciens. Quand il lui fut demandé de se calmer, un semi-orc vint en renfort pour cracher en plein visage du sergent. La réaction ne se fit pas attendre : ledit sergent tira au pistolet au-dessus de la tête du semi-orc, puis demanda à un de ses hommes d'aller chercher du renfort. M. Roland allait se porter au-devant de la foule, mais, et ce fut sans doute heureux pour lui, un ouvrier nain de Lokdanor entra en furie, insulta la milice, ce qui déclencha un mouvement de foule qui conduisit à un pugilat intense. Le sang coulait à flot sur le pavé de Luminis.


Je savais bien ce qui allait se passer ensuite dès lors que la sécurité de la Cité haute était en jeu : le Ka allait intervenir, et je n'avais pas oublié mes consignes, à savoir ne rien tenter de stupide en sa présence. Quand les exécuteurs du Ka et leur meneur, ainsi que des artificiers techno-magiques survinrent, la foule en partie décimée, qui avait fait aussi un bon nombre de victimes parmi les miliciens submergés, se dispersa sans demander son reste. La première réaction du Ka consista à envoyer chercher les sœurs de l'Hospice, qui arrivèrent prestement avec leur dirigeante, sœur Mazarine Voss. Ensuite, plusieurs exécutants vinrent interroger les témoins de la scène, l'un d'eux s'occupant de M. Thorvaldson, une elfe masquée dont j'ignorais le nom, ainsi que de moi. Je témoignai des motivations de la foule, à savoir du désespoir de n'avoir plus que la misère en bas. L'homme s'enquit ensuite de la raison pour laquelle nous ne nous étions pas portés au secours de la milice qu'il qualifiait de noble ; M. Thorvaldson rusa en affirmant qu'il craignait que les renforts convoqués ne le prissent pour un des attaquants de la milice, mais je dis de mon côté la vérité, à savoir que je m'étais abstenu du fait que lors de l'émeute précédente devant la caserne, la milice m'avait tiré dessus lorsque j'avais tenté d'apaiser les choses entre elle et la foule en colère. L'exécuteur nota consciencieusement ce que nous lui disions, puis il nous ordonna de nous identifier et de lui montrer nos papiers. Une fois cela fait, il nous fut signifié que nous pourrions être convoqués au quartier général du Ka pour une « entrevue. » A la manière dont le regard de l'exécuteur s'attarda sur moi après ces paroles, je crus comprendre que les probabilités étaient relativement dans mon cas. Aussi, si la hiérarchie lit ce rapport à temps, je la prie, si elle désire me donner des consignes à ce sujet, de faire vite du fait que cette convocation peut survenir à tout moment.


On nous demanda de nous disperser, et je regagnai mon poste de garde de la sainte chapelle, en profitant pour surveiller comment sœur Mazarine Voss et ses suppléantes s'en sortaient. Elles furent apparemment bien traitées, et je les vis emmener plusieurs blessés vers l'hospice ; il est à noter également qu'un prophète du Ver était présent aussi, et que plusieurs blessés furent également pris en charge par des suivants de ce culte.

Puisse l'Oeil préserver les déshérités de Luminis,

Vigilant Clovis Valoris

L'empoisonnement de Don Gormi

[Le 14 décembre 2012.]


En présence d'une foule assez nombreuse entre notre sainte chapelle et le portail de la Cité haute, Don Gormi vint parader en compagnie de son champion M. de Ventrue et de quelques hommes, se plaignant à haute voix que le Ministère ne le laissât pas pendre tous les délinquants. De fait, il trouva un flagorneur idéal en la personne du gnome Schunpeter, qui le complimenta sur le massacre à la gatling de la foule, lors duquel j'avais été blessé par balle par le Don lui-même. Hélas, il trouva une courtisane moins complaisante en la personne d'une jeune femme à la tenue provocante qu'il fit approcher comme « suspecte », et qu'il embrassa goulûment devant tout le monde après l'avoir attouchée, son « champion » s'extasiant servilement devant la prouesse de son maître. Hélas pour lui, ce fut devant notre chapelle qu'il fut puni de sa concupiscence ; peu après l'embrassade, Don Gormi se sentit mal jusqu'à défaillir, portant la main à son ventre. Après avoir été évacué par ses hommes paniqués et nerveux, un milicien vint trouver Mlle Gabrielle qu'il avait reconnu, pour lui commander d'aller soigner son chef sans politesse. Elle lui en demanda pourtant, avant que je ne la rejoignisse, pour exprimer mon mécontentement à l'homme en lui rappelant que les siens ne se gênaient pas pour tirer sur nous, et se trouvaient donc mal placés pour nous réclamer quoi que ce fût. Le milicien partit en colère, nous menaçant de représailles de la part de M. de Ventrue. Certains observateurs suspectèrent deux hommes inconnus m'ayant parlé juste au moment des faits d'avoir fait diversion, et la jeune femme aguicheuse d'avoir utilisé un baume spécial sur ses lèvres.

Vigilant Clovis Valoris


Confrontation à l'entrée de Lokdanor, à cause du combat déclenché par Kraelgor et Edaniel

[Le 4 décembre 2012]

J'étais en train de m'entretenir avec M. Roland devant la sainte chapelle de l'Oeil, quand une rumeur nous atteignit, faisant état d'un nain et d'une corsaire qui auraient été lynchés dans le quartier de Lokdanor ; nous ne connaissions guère de nains et d'elfes frayant ensemble sinon Kraelgor de l'Amicale et la corsaire Edaniel, aussi décidâmes-nous de nous y rendre au cas où leurs vies eussent été en danger, d'autant que le même nain m'avait brièvement narré une rixe survenue entre un gnome et la corsaire devant l'auberge de l’Étoile. A l'entrée du quartier orc, nous découvrîmes un petit groupe composé par Cenzo, un homme qui s'était battu en duel contre M. Roland il y a quelques mois, qui portait le gnome du nom de Wann, celui-là même dont j'avais occis un homme près de notre temple ; se trouvaient avec eux un certain Hamon, appelé ainsi par Cenzo, le visage caché par un casque, et un orc qui prétendit être un ancien soldat, croyant trouver l'armée en Luminis. Ils prétendirent que le nain et l'elfe n'étaient plus là, probablement ramenés au quartier central, et que la foule était excitée. La situation commença à se détériorer du fait que M. Roland était venu avec une capuche sur la tête ; l'orc le somma de l'ôter, craignant qu'il ne fût un elfe, et le menaça rapidement de sa lame, ce pourquoi je lui appliquai la mienne en retours non loin de sa gorge pour le dissuader d'aller trop loin, expliquant que Roland s'en irait s'il ne voulait pas se montrer. Toutefois, il préféra dévoiler son visage au vu de la situation, ce qui ne provoqua aucune réaction hostile. La discussion s'intéressa ensuite aux notions de territoire orc et d'honneur, et du fait que je n'étais pas sûr qu'ils disaient la vérité à propos des deux blessés, je préférais tenter de comprendre mieux les choses encore un moment. Le dénommé Hamon raillait la notion d'honneur que je défendais, tandis qu'un semblant de dialogue commençait à s'établir avec l'orc, mais Cenzo commençait à perdre contenance jusqu'à se montrer très agressif, y compris envers le gnome, nous sommant de « dégager ». Le gnome eut le temps de lancer une dernière diatribe irréligieuse contre les dieux et l'honneur, avant que Cenzo, après m'avoir prévenu, ne se jetât sur moi armé de sa hache – je n'avais pas cru qu'il le ferait vraiment, aussi n'avais-je pas même ma lame au poing à ce moment-là ; M. Roland vint spontanément combattre à mes côtés, ce qui me permit de me remettre en lice, tandis que la sœur Mazarine put me soutenir en seconde ligne, car elle avait accouru par inquiétude. L'orc s'était joint au combat du côté de Cenzo, aussi furent-ils défaits tous les deux ; sur ce, des gardes du Baron survinrent, nous enjoignant de quitter les lieux d'une manière discourtoise au possible, tandis que Hamon, bien caché comme il était, déclamait sur mon honneur volatilisé. J'aurais pu combattre et tomber, toutefois, je sais que cela n'aurait pas correspondu à la teneur des ordres donnés par ma hiérarchie depuis mon service à Luminis ; aussi ai-je pris sur moi pour rebrousser chemin, qu'Oculus maximus me le pardonne. Sur le chemin du retour, et alors que sœur Mazarine avait été quérir un de mes frères au cas où la situation eût empiré, nous fûmes croisés par une escorte du Baron, deux des orques colossaux qui nous avaient dissuadé de rester, et qui portèrent les blessés de leur camp à l'hospice ; il ne s'ensuivit pas plus de problèmes heureusement. Toutefois, il semble qu'ils aient tenté de nous jouer un dernier mauvais tour en nous envoyant un « docteur » de toute évidence carnélite, que nous priâmes de s'en aller.


Après les bons soins de sœur Mazarine et des autres sœurs, voici le peu que je pus tirer des deux blessés :

Version de Cenzo :

Outre le fait qu'il persistait à me faire porter la responsabilité du combat, du fait que je n'avais pas souhaité quitter les lieux (l'entrée du quartier pourtant), il m'apprit que quand il était arrivé à Lokdanor, le nain et l'elfe étaient en train d'être évacués, tandis que le gnome était à terre. Il comptait l'amener lui et l'orc (qui avait déjà été blessé apparemment, et faisait donc montre d'une belle résistance pour avoir pu se battre deux fois) à l'hospice quand ils étaient tombés sur moi et les autres. Je ne pus pas connaître la raison de la rixe, alors que cet homme n'avait rien vu et avait simplement perdu son sang-froid. Je l'engageai à éviter de trop croiser notre route à l'avenir, et le laissai partir – sans prison, de fait, et du fait qu'il n'était peut-être pas précisément un employé du gnome.

Version de l'orc :

Cet orc ne voyait que folie dans tout ce qui s'était passé, prétendant que je ne savais pas pourquoi je m'étais rendu là-bas ; il ajouta que les choses étaient aussi simples que ceci pour lui : un nain et un elfe ne pouvaient pas entrer dans son quartier, et ensemble, cela dépassait l'imagination. A la différence de Cenzo, il avait vu toute la scène ; d'après lui, le nain et l'elfe étaient arrivés devant l'auberge de la Griffe et ne se seraient pas gênés pour se moquer du gnome Wann, tandis que le nain le provoqua lui-même quand il arriva aux côtés du gnome. L'orc m'avoua qu'il avait reçu 300 pièces d'or du gnome, et qu'il s'était ainsi acheté la cuirasse qu'il portait, de même qu'on lui avait promis plus d'or pour plus tard. Le nain Kraelgor refusa de quitter les lieux, et du fait qu'il se voyait perdu, le gnome héla la foule qui commençait à s’agglutiner en promettant 300 ou 500 pièces d'or à qui lui donnerait la tête de l'un de ses deux ennemis. Alors les orcs ne se privèrent pas d'attaquer, l'homme de main du gnome (le dénommé Hamon de ci-dessus, à ce que j'ai compris) achevant de les mettre hors de combat après la bataille. L'orc décrivit comme une chose normale la manière dont il se fit ensuite lyncher au même titre que le nain et l'elfe, s'étant notamment fait marcher dessus.


[Le 5 décembre 2012]

Version d'Edaniel :

Je pus également entendre la version de la corsaire Edaniel, alors qu'elle sortait prendre l'air pendant son séjour à l'hospice. Elle m'éclaira singulièrement sur la raison de sa venue en compagnie de Kraelgor de l'Amicale à Lokdanor : ils avaient décidé d'aller se battre, pour le plaisir. La sœur Mazarine et moi tentâmes de lui faire comprendre que cela n'avait pas été raisonnable, et surtout que cela avait mis plusieurs personnes en danger. Cependant, si la corsaire nous remercia d'avoir voulu nous porter à leur secours, elle rappela simplement que c'était là le tempérament naturel des corsaires ; il n'y avait guère à redire sur ce chapitre. Elle fut un peu plus précise sur les circonstances du combat, nous expliquant qu'elle et Kraelgor durent faire face à trois orcs chacun, l'un d'eux étant un combattant d'élite. Si elle se défit de ses adversaires, le nain fut vaincu par l'orc d'élite après avoir terrassé les deux autres, et elle dut se porter à son secours ; ce après quoi elle fut submergée par d'autres adversaires. Elle put surtout mentionner un fait très intéressant : le gnome Wann aurait fait usage de magie, sans doute se voyant au pied du mur. Il est également à noter que c'était lui qui avait tenté d'agresser la corsaire Edaniel devant l'Etoile, tentant de lui placer son pistolet dans le dos : mais le coup n'était pas parti, aussi put-elle le rouer de coup. Mais elle me précisa bien que l'expédition malheureuse de Lokdanor n'avait pas été une vengeance, mais une volonté délibérée de combattre pour le plaisir.


Voilà tout ce que je puis dire de cette affaire, tout en témoignant de mon inquiétude sincère pour les quelques fidèles qu'il peut nous rester parmi les orcs de Lokdanor. J'ai peur que sans élan missionnaire de notre église et la désignation de responsables locaux, ceux-ci ne disparaissent complètement, si ce n'est pas déjà le cas.

Au nom de Celui qui voit tout,

Vigilant Clovis Valoris

L'enlèvement avorté du prêtre de Néraï Tibérias et un affrontement avec des séides du Ver

[Le 15 mai 2012.]

Le tournoi qui allait avoir lieu prochainement à Sarmath donnait lieu à quelque discussion aux portes de notre sainte chapelle, en compagnie de sœur Mazarine et de la corsaire Edaniel, quand cette dernière s'interrompit soudain pour nous rapporter qu'elle avait entendu des cris en provenance de derrière l'édifice. Nous ne perdîmes pas de temps pour aller voir ce qui était en train de se passer : personne n'était sur les lieux, mais il y avait du sang aisément visible. De plus, nous n'eûmes pas de mal à repérer un couple suspect qui s'éloignait, constitué par un homme qui en portait un autre. Quelques pas et je pus les reconnaître aisément : le porteur, était un homme chauve au teint hâlé et la barbe noire, qui m'avait déjà parlé une fois pour me demander si être vigilant payait bien, occasionnait des duels, et ce qu'il fallait pour le devenir – à mes réponses sur notre sens du devoir et le peu d'importance de l'argent, comme le dévouement à A'gloth, il avait vite compris que ce n'était pas pour lui, ce qui transparaîtra encore plus dans ce récit. Le pauvre homme qu'il était sur l'épaule du premier n'était autre que le prêtre de Néraï du nom de Tibérias, celui qui s'inquiétait tant des menées du clergé du Ver.

Sœur Mazarine, Edaniel et moi-même suivîmes l'homme jusqu'aux portes de Bordnagar, car il avait un peu d'avance ; là, la corsaire lui demanda de s'arrêter, et je lui demandai de nous livrer le prêtre pour que nous le portions à l'hospice afin qu'on lui donnât les soins nécessaires. Mais l'homme, que j'appellerai « mercenaire » par commodité, nous demanda de laisser le prêtre tranquille, prétendant qu'on lui avait dit où il devait l'amener – tout cela d'un ton fort naturel qui ne trahissait aucun sentiment de culpabilité ni de gêne. Je rétorquai que j'avais vu du sang derrière la chapelle, et que je me doutais bien d'où on comptait l'emmener et à qui ; l'autre continuait à demander qu'on lui laissât faire son « travail », et qu'il me rendrait le prêtre juste ensuite. Il n'était pas question pour moi de prendre le moindre risque après l'agression du prêtre devant le temple du Corps divin ; l'homme refusant de coopérer, et s'avérant peu sensible au fait de devoir régler cela par les armes, je dus appliquer la pointe de mon épée derrière sa tête, pour qu'il commençât à déposer le corps toujours inerte. Ce fut à ce moment que la sœur Mazarine, qui s'en était allée, revint sur les lieux fort à propos en compagnie de deux ordonnateurs, qui eurent assez d'autorité pour faire déposer complètement le prêtre par le mercenaire : ils l'emmenèrent sans demander aucun compte à celui qui avait tenté de l'enlever.


Ce n'était pas une façon de voir que je partageais. La corsaire se demandait si nous ne nous battions plus, le mercenaire continuant à afficher un flegme sarcastique, prétendant que si nous voulions du sang, nous n'avions qu'à nous approcher un peu ; je précisai que sans que ce fût ma priorité, il ne me semblait pas inapproprié d'infliger une correction à quelqu'un s'amusant d'avoir tenté d'enlever un prélat, mais que du reste je comptais simplement en savoir plus, sur l'endroit où on voulait l'emmener. L'homme paraissait prêt au combat, et je lui demandai si cela délierait un peu sa langue ensuite ; il parut vexé que j'eusse pu envisager qu'il était contrait par quoi que ce fût. Il continuait à affirmer qu'il n'avait rien de plus à dire, mais avoua tout de même que c'était bien lui qui avait assommé le prêtre parce qu'il n'avait pas souhaité venir de lui-même, et qu'il avait reçu des instructions claires.


A ce moment, alors que mon épée était toujours tirée et que le mercenaire avait adoptée une position défensive, sur ses gardes, le serviteur Thratos, soupçonné d'être un acolyte voire un aspirant ordonnateur par certains, et étant un serviteur du Ver proche de l'aspirante prophétesse Val en tous les cas, arriva et parut s'étonner de nous trouver ainsi. Je le renseignait de manière concise sur l'enlèvement avorté de ce même prêtre qu'il avait agressé devant le temple du Corps divin il n'y avait pas bien longtemps, sans manque de laisser paraître comme je trouvais plaisante la coïncidence de son arrivée juste à ce moment, comme si le livreur avait eu quelque retard. Thratos faisait mine de ne pas trop comprendre, pas plus quand je fis semblant de me demander quelles bâtisses comportaient Bordnagar ; un quartier nain certes, mais recelant surtout un temple du Ver. Je conclus en annonçant que j'étais donc en train d'interroger le mercenaire sur les commanditaires de ce méfait, et qu'il lui faudrait choisir s'il était partie prenante ou s'il me laissait terminer. Thratos le prit alors mal, déclarant que je n'avais pas d'ordres à lui donner, moi rétorquant que je lui présentais la seule alternative possible, sans qu'une correction ne me causât de déplaisir non plus. Il crut à une menace, quand je précisai que je n'allais pas attendre là une heure et qu'il me fallait avancer mes affaires ; il sortit son bouclier, disant encore qu'il comptait s'interposer si je lui parlais sur ce ton. En somme, son comportement valait presque un aveu ; il prenait prétexte d'un ton prétendument inapproprié pour trouver excuse à la protection du mercenaire. La corsaire Edaniel choisit précisément ce moment pour s'en aller, parlant de son tournoi qui allait commencer, la sœur Mazarine étant restée un peu en arrière.

La situation dégénéra rapidement ; j'en appelai à la grâce de l'Oeil pour affûter ma lame, ce qu'on prit en face pour le début des hostilités. En lâches qu'ils étaient, ils n'hésitèrent pas à m'attaquer à deux : le mercenaire me plaqua au sol par le bénéfice de la surprise, pendant que, me relevant difficilement du fait de mon armure et esquivant les coups tant bien que mal, Thratos incanta pour m'asséner des sortilèges qui me foudroyèrent pour me causer des blessures sévères. Je me relevai malgré tout pour lutter du mieux de mes forces et surtout de ma volonté, concentrant mes forces sur le séide du Ver en qui je ressentis le même mal qu'en Lenila. J'étais toujours debout malgré une situation de plus en plus difficile, quand les portes du quartier de Bordnagar s'ouvrirent, deux veilleurs nains s'en extrayant pour nous crier de faire halte. Ce fut ce que nous fîmes, moi parant les derniers coups et en donnant un dernier à Thratos, encore sur ma lancée pour sauver ma vie. Le mercenaire s'évertuait à expliquer qu'il s'agissait de régler un compte, Thratos prétendant qu'il s'était simplement défendu parce que je l'avais attaqué – dans les faits, c'étaient pourtant bien eux qui avaient porté les premiers coups avec avantage numérique et usage d'une magie puissante. Amoché comme j'étais, je déclarai tout de même fièrement que les vigilants entendaient bien empêcher les suivants du Ver de nuire au clergé de Néraï en toute impunité. Les nains n'en avaient que faire, ne voulant pas de sang humain devant leurs portes, mais je ne manquai pas de préciser que Thratos n'avait pas à intervenir dans nos affaires, et que le mercenaire ne s'était pas gêné pour répandre du sang derrière la chapelle. Thratos persistait à dire que je les avais attaqué sans raison, que les vigilants n'avaient pas à faire la loi, mais j'étais trop certain que le mercenaire avait été engagé par eux pour livrer le prêtre au temple du Ver, suite logique de l'agression devant le temple du Corps divin.


Là encore, la sœur Mazarine, qui avait essuyé un mauvais coup pendant le combat en ayant tenté de s'approcher de moi pour me dispenser quelque aide, survint accompagner de quelques ordonnateurs et du vigilant Dieter. La sœur affirma que le mercenaire avait donc tenté de la tuer, mais il la moqua en lui disant qu'elle n'avait pas à pleurer après s'être engagée dans un combat volontairement, et de rester à sa place de femme – le sbire du gnome était mort pour moi que cela. Un ordonnateur demanda à Thratos de penser au culte et de ranger son arme, lui s'exécutant en prétendant encore qu'il n'avait fait que se défendre ; le frère Dieter me dit simplement que cela irait, et que nous allions rentrer au temple – autre coïncidence, je remarquai la dénommée Lenila non loin. L'ordonnateur dit encore à Thratos d'aller parler à quelqu'un, sans le nommer explicitement. Dieter me raccompagna doucement, eut égard aux lourdes blessures essuyées, témoignant de la gratitude à la sœur Mazarine eu égard à son action salvatrice. Le vigilant prit l'initiative de monter la garde du temple, où il avait demandé que je fusse soigné par la sœur, pour plus de sécurité. L'aide de sœur Francesca et de nombreux onguents ne furent pas de trop pour apaiser les brûlures occasionnées par la foudre, qui était responsable du gros des dommages. Le prêtre Tibérias, après quelques temps, vint nous visiter pour nous remercier d'avoir empêché le crime d'aller plus loin – il était désormais accompagné de manière permanente par un ordonnateur. Beaucoup de choses restaient en suspens après ce qui venait d'avoir lieu, et pour sa part il devait en discuter avec le frère Lamento.


Que l'Oeil tout-puissant nous préserve des menées souterraines,

Vigilant Clovis Valoris

Meurtre de sœurs carnélites

[Le 24 avril 2012.]

Des coups de feu avaient été signalé dans le quartier de Sarmath, où un fou en cavale était activement recherché, ce que purent raconter avec concision Linael, l'apprentie arpenteuse, et la barde Alwena, qui avaient toutefois évacué les lieux rapidement afin de ne pas courir le risque de recevoir une balle perdue. Il valait mieux aller voir ce qu'il en était malgré le danger, aussi ce fut ce que je déclarai, et Roland souhaita m'accompagner, ce que firent après quelque réflexion les deux femmes précitées également.

Devant le saloon, nous tombâmes sur cet homme du désert qui accompagnait fort souvent Roland, parmi une petite foule de toute évidence terrorisée par des événements qu'il peut nous résumer ainsi : la rumeur faisait état du meurtre de deux sœurs carnélites – le mot « exploser » fut employé pour souligner la violence. L'homme proposa de s'y rendre, ce que j'acceptai, même si sur les lieux je ne désirai guère m'en approcher ; du reste, le temple s'avéra fermé solidement au moyen d'une chaîne cadenassée (la marque d'un coup de feu semblait marquer le cadenas), que l'homme ne fut pas en mesure de forcer, pour la simple raison que toute tentative offensive se heurtait à une force qui paraissait magique. Linael pensait à l'implication possible du Klan, elle aurait surpris quelques temps auparavant des gens du cartel parlant d'un fou qui s'en serait pris aux sœurs carnélites. Je ne jugeai pas nécessaire de me mêler plus avant à ce qui ressemblait à une affaire purement carnélite pour le moment, même si Roland et l'homme du désert tentèrent d'approcher le Klan.

Aux Portes, la sœur Mazarine fut d'avis que ce n'était pas très grave et que la situation était « dans l'ordre des choses. » Je me tiens toutefois à disposition si l'ordre désire enquêter à cet égard.

Qu'A'gloth nous garde,

Vigilant Clovis Valoris


Les ramasseurs de cadavres, et un criminel sur les toits

[Le 23 avril 2012.]

Devant notre sainte chapelle, la sœur Mazarine Voss put me confirmer les dires de Roland à propos de ces gens qui étaient en quête de corps sans discontinuer, tout comme à propos de la bienveillance manifeste de la milice quant à l'opération en question. D'autres personnes, comme des adeptes du ver du nom de Val et Thratos (un homme chauve en armure qui suit toujours ladite Val), semblaient essayer d'en apprendre plus comme sur la mort du vigilant Caïus survenue encore assez récemment, mais je me montrai évasif.

De premiers signes suspects se manifestèrent à travers une sorte de coulée rougeâtre qui se diffusait à travers les gouttes de la pluie devant moi, qui étais posté sous le porche de la chapelle. Je m'en étonnai fort, et m'imaginai d'abord quelque manifestation maléfique ou invisible, tentant de brasser l'air ; rien. Le phénomène continua alors que la pluie cessait tout juste, et cela semblait venir du toit de la chapelle : je perçus une courbe suspecte qui me permit d'éviter le pire. Un homme au large sourire édenté, se tenait sur notre toit dans une attitude blasphématoire, ayant essayer d'uriner sur moi, de cette urine rouge et malsaine comme le vice qui l'habitait. Car il n'hésita pas à me narguer en disant faire cela par compassion, et adresser ce message à tous les nôtres. Nous tentâmes de situer ses mouvements mais il finit par sauter avec une facilité incroyable de notre toit sur celui de l'hospice. L'urine comme cette faculté prodigieuse en disaient assez long sur sa nature potentielle. Je l'avertis que l'Oeil voyait tout et qu'il finirait par être châtré.

L'homme bondissant n'avait pas cessé ses menées inquiétantes, paraissant amasser des tuiles sur les toits où il passait, qu'il finit par laisser tomber en contrebas. A ce moment, une impie du nom de Lola, déjà citée dans mon rapport sur l'antre du Boucher à Sarmath, vint me provoquer à dessein en soutenant les agissements de l'homme, et en déclarant insolemment qu'elle ferait comme lui si elle le pouvait ; je lui ordonnai donc de quitter les lieux. Malheureusement, le simple temps que je l'eusse réprimandée, le criminel avait réussi à viser juste et à défoncer le crâne d'un passant juste devant l'hospice. L'échec était total, car si Roland, présent parmi d'autres, avait couru nous chercher des arcs, on n'avait rien pu faire, et la blasphématrice Lola avait de son côté couru se réfugier à la caserne devant mon courroux.

Peu de temps après, alors que la consternation générale s'estompait quelque peu, un de ces ramasseurs de cadavres arriva sur les lieux, comme fort à propos, pour s'accaparer le corps du malheureux puis le traîner sans façon dans le quartier. Je me récriai, suivi par Roland, mais l'homme ne se démontait pas, prétendant froidement que tout était en règle et que les cent pièces d'or avaient été payées, et que du reste il n'avait de comptes à rendre qu'à la milice. Arrivé devant les portes de la cité, et alors que je signalais à l'homme qu'il était aussi responsable devant les dieux, il me signala comme un « mariole » aux miliciens, qui l'assurèrent m'avoir à l’œil. Les miliciens me demandèrent impoliment de me retirer, confirmant que tout était en règle, et donc leur complicité – personne ne souhaitait me dire où on conduisait ces corps.

Sous l'Oeil d'A'gloth,

Vigilant Clovis Valoris


Une barde convoitée par le gnome Philippin, Ania blessée par balle, nouvelles menaces sur l'hospice

[Le 21 avril 2012.]

Devant la chapelle, alors que je conversais avec la panseuse Gabrielle et la halfeline Ania qui venait s'assurer si j'avais bien reçu son message, un gnome richement vêtu et d'une assurance telle que je n'en avais jamais vu – pour ne pas parler d'outrecuidance – se présenta avec deux gardes du corps semi-orcs d'apparence menaçante. Il s'arrêta pour observer les personnes alentour, puis s'adressa à une jeune femme qui avait retenu son attention, de par son physique plutôt avantageux, lui ordonnant de le rejoindre. Le jeune femme dotée d'une harpe, se fit un peu prier mais finit par obéir, pour s'entendre dire par le gnome, qu'avec une autre robe, elle s'accorderait bien avec les meubles de son salon, ce sur quoi il déclara la vouloir, faisant signe à l'un de ses gardes, comme si c'était là parfaitement naturel.

Je tirai alors l'épée, ne comptant pas laisser une telle infamie se produire devant notre sainte chapelle, alors qu'un individu portant une capuche, et qui me révéla plus tard s'appeler Piers, s'approcha pour me demander de faire attention, car il croyait reconnaître en ce gnome le « conseiller de Lokdanor » ; le devoir n'en demeurait pas moins. Les événements s'enchainèrent rapidement ensuite : alors que le premier garde avait empoigné la jeune barde et entreprenait de l'emmener, Ania s'avança vers le gnome important pour lui vider une flasque d'alcool en plein visage, l'aspergeant résolument, tandis qu'elle préparait une torche dont l'usage était prévisible. Ce sur quoi le second garde attrapa l'halfeline par le cou jusqu'à la décoller de terre ; elle ne se démonta pas, brandissant toujours sa torche et menaçant de la lancer sur le gnome si on ne la lâchait pas, celui-ci hurlant et ordonnant en pleine rue qu'on l'égorgeât. Les paroles sages de la panseuse Gabrielle, qui demandait au garde de lâcher Ania, se perdirent dans cet accès de rage.

Toutefois, la petite-femme parvint à lancer sa torche sur le gnome, dont le manteau s'enflamma ; il s'en débarrassa vivement, s'égosillant à nouveau contre cette « terroriste » qu'il voulait voir morte. Le garde qui avait tenu Ania la jeta violemment au sol, et il n'était pas difficile de lire sur son visage qu'il comptait en terminer avec elle, si bien que, alors qu'une jeune femme du nom de Linael fit son apparition à une distance de dix mètres environ avec un arc en criant de la laisser, je bondis pour m'interposer entre Ania et le géant, écu en avant. A'gloth me soutint au vu de la justesse de la cause, et je pus préserver la halfeline tout en infligeant des blessures sévères au demi-orc, qui finit par s'écrouler lourdement après avoir reçu une flèche par derrière.

Le gnome était furieux, qualifiant les événements de honteux, déclarant que nous ne nous en sortirions pas comme cela, et qu'il allait prévenir celui qu'il appelait sa « Seigneurie ». Mais je rétorquai qu'il n'y avait rien de plus honteux que d'avoir voulu considérer une jeune femme comme un objet, et d'avoir voulu commettre de telles impiétés devant notre chapelle, aussi leur demandai-je de partir, comme la femme qui n'avait pas baissé son arc plus loin.

Malheureusement, l'halfeline renchérit et se crut en position de menacer le gnome vers lequel elle s'avança, si bien qu'il sortit un pistolet doré qu'il pointa directement sur elle. Linael échoua dans sa tentative de tirer sur le gnome, car sa flèche vint se planter dans la hanche de Piers qui se trouvait sur la trajectoire, ce qui déclencha le tir du gnome sur Ania, qui fut touchée en plein ventre, au niveau du foie comme nous pûmes l'observer ensuite. Le gnome hurla qu'on l'agressait, mais je lui ordonnai de se taire et de vider les lieux, s'il ne voulait pas que je terminasse ce que j'avais fait au premier garde ; il finit par s'éloigner, le canon de son arme tremblotant, tout en promettant de nous donner de ses nouvelles – le dénommé Piers l'avait nommé Philippin en le conjurant de se calmer. La milice n'avait absolument pas bougé.

J'appelai à la rescousse Gabrielle, qui était restée en retrait avec la barde convoitée, puis imposai les mains sur l'halfeline téméraire, par la grâce d'A'gloth, ce qui permit d'atténuer les saignements abondants et de la transporter avec plus de sécurité à l'hospice, où la panseuse opéra avec succès avec des pinces, puis traça un cercle de sang sur le front de sa patiente, qui se mit à briller avant de lui rendre des forces et de la stabiliser.

Si l'halfeline était sauvée, tout n'était pas terminé pour autant : un autre gnome, arrogant et sûr de lui, vint contrarier la sœur Eleana, doué de cette même obsession d'acquérir l'hospice, prenant des notes comme si l'affaire était déjà faite. Je lui appris qu'il se faisait sans nul doute des illusions et que c'était loin d'être le cas, mais quand je lui révélai sans faire de mystère mon nom et ma fonction, il se mit à croire que notre ordre souhaitait doubler les gnomes quant à l'achat de l'hospice. Je lui rétorquai que l’œuvre des sœurs en A'gloth était notre seul intérêt. Le gnome était prétentieux et sourd à toute remarque, et n'avait aucune honte à fumer son cigare auprès des malades. Au bout d'un moment, Mlle Gabrielle s'avança vers lui et, sans que lui ni les autres n'eussent eu le temps de voir venir cela, elle empoigna d'un petit geste vif son cou, pour y appliquer quelque pression, une technique qui eut le mérite de le faire sombrer dans l'inconscience. La panseuse put le faire sortir ainsi, et mettre fin à cette série d'incidents, après avoir annoncé qu'on ne touchait pas à ses patients.

Qu'A'gloth surveille ces insolents,

Vigilant Clovis Valoris


Une descente du Ka, un blasphème et un coup de fusil

[Le 3 avril 2012.]

Une apparition de Don Gormi

Consécutivement aux ennuis que j'avais eus, ainsi que messire Harald Thorvaldson, avec la milice au sujet du port d'armes et des entraînements publics, messire Kraelgor et moi-même fûmes abordés devant notre sainte chapelle d'A'gloth par un homme de petite taille à l'air assuré si ce n'était hautain, qui fit malicieusement remarquer au nain qu'il portait une bien belle armure, pour mieux lui rétorquer ensuite qu'il ne devait pas connaître la nouvelle taxe qu'occasionnait dorénavant le port d'un tel équipement. Le nain lui répondit de manière spontanée qu'il en portait bien une, lui, et ne crut pas l'homme quand il se montra outragé et déclara être Don Gormi en personne, avant d'en appeler à la garde.

Je tentai d'expliquer à Don Gormi que le nain ne l'avait tout simplement pas reconnu, mais il s'entêtait à y voir un affront. Toutefois, quand après lui avoir répété que nous ne vivions depuis guère longtemps en ville, je lui déclarai que nous étions disposés à écouter son propos sur la taxe évoquée, il se radoucit nettement, me demandant même qui j'étais. Malheureusement, je donnai aussi bien ma fonction que mon nom, ce qui lui fit changer de visage une fois encore : il énonça nettement que la ville n'avait pas besoin de notre ordre, et alla jusqu'à prétendre que nous n'étions rien sinon un fléau public et un danger urbain. Je constatai poliment, conservant mon calme, que nous ne semblions guère estimés par les siens.

D'une manière autoritaire, Don Gormi nous intima de nous taire et réclama ses deux cent pièces par personne ; toutefois, messire Kraelgor déclara n'avoir pas d'argent, quand je répondis simplement que du fait que la milice avait conservé une épée qu'elle devait me rendre, cela faisait bien le compte. L'homme devint tout rouge, et esquiva l'affrontement en nous apprenant que nous avions de la chance que le Ka tînt un discours à la caserne, avant de s'en aller avec les miliciens qui l'avaient rejoint. Une chance qui tourna bien vite pour moi.

Une descente du Ka, un blasphème et un coup de fusil

Messire Kraelgor décida d'aller voir ce qui se passait à ce sujet, tandis que je restai parler avec quelques personnes de passage, mais il revint assez vite vers moi pour me signaler que des hommes du Ka recherchaient ce qu'ils appelaient des déviants dans les environs. La sœur Mazarine s'inquiéta un peu de ma réaction spontanée quand je déclarai discrètement que ces gens n'étaient pas des amis de notre clergé et que nous devrions nous en méfier, me rappelant qu'ils étaient tout de même l'autorité – pas la mienne, comme je le fis remarquer, même si je promis d'observer une stricte politesse. La sœur m'assura que j'étais plus utile à la Foi vivant que mort, ce à quoi j'agréai, en précisant que c'était vrai tant que ma vie n'était pas un affront pour notre Foi. Messire Kraelgor prétendit quant à lui qu'il était prêt à les « bousiller » s'ils me causaient des problèmes.

Alors que nous discutions, un semi-orc, manifestement un peu ivre du fait de son élocution tâtonnante, ou du moins empestant fortement l'alcool, s'avança vers nous pour nous demander notre aide, car il avait grand peur d'être contrôlé par le Ka puis d'être « emmené ». La sœur Mazarine lui demande de s'en aller, mais messire Kraelgor et moi lui demandâmes ce qu'il craignait avoir d'illégal sur lui, le premier fouillant son sac pour y découvrir un traité d'Ulrich Zimmer, ainsi qu'une seringue, laquelle fut jetée. Je lui recommandai de revenir à la chapelle pour être mieux conseillé avant qu'il ne s'en allât.


Ce fut alors que retentit un coup de feu sur la place de Luminis, au marché, vers lequel nous fûmes quelques-uns à nous diriger pour constater de quoi il retournait exactement. Là, nous découvrîmes un sorcier de Ka, entouré d'un nombre respectable d'hommes de main armés de fusils et vêtus d'armures sombres, qui pesta contre les déviants et les comploteurs ; puis un des hommes demanda à la foule de se tenir tranquille, et annonça qu'ils allaient procéder à un contrôle, sans qu'aucun mal ne fût fait si chacun obéissait. On commença par moi, me demandant d'écarter les bras d'une manière toute inexpressive, ce que je fis sans prononcer un mot ; on ne trouva rien à me reprocher, ce que l'homme rapporta au sorcier, des mains duquel de l'énergie bleutée émanait, et qu'il qualifia d'excellence. Quelques personnes connues se trouvaient là, messire Kraelgor à côté de moi, messire Harald Thorvaldons un peu plus loin au nord-ouest (je me trouvais à la sortie du marché, le regard orienté vers le temple du Corps divin), et à mon nord-est Mlles Gabrielle et Linael et M. Al'ryn.


Tout se passait relativement bien, malgré des manières quelque peu rudes, quand ladite Excellence ordonna à ses hommes de contrôler notre chapelle, en désignant A'gloth comme un faux dieu. Ne pouvant tolérer un tel blasphème, je les invitai à revoir leur terminologie, tout en proclament qu'A'gloth était bien un vrai dieu, source de Vérité et de rayonnement solaire ; le sorcier leva les yeux vers moi, alors que l'énergie bleutée restreinte à ses seules mains, était désormais visible autour de tout son corps. Il ordonna à l'un de ses gardes de me faire taire, et si je toisai l'homme sans crainte, celui-ci n'hésita pas plus à m'asséner un violent coup de la crosse de son fusil en plein visage. J'encaissai la violence comme je le pus puis, me remettant un peu, je demandai des excuses tout en portant la main à la garde de ma lame, prêt à agir, ce qui fit s'impatienter le sorcier. Messire Kraelgor à ma gauche fut le seul à sortir son arme, mais personne n'intervint, paralysés par la peur qu'ils étaient tous. Je n'avais plus rien à perdre : j'envoyai un violent coup de coude à l'homme qui m'avait fouillé et qui se trouvait toujours derrière moi, ne manquant pas ma cible, mais je n'eus pas le temps de me protéger de mon écu pour prévenir le coup terrible qui m'emporta par devant. Un coup de fusil à bout portant. Je ne me réveillai à l'hospice que longtemps après une opération menée de main de maître la sœur Mazarine, et dus m'accommoder d'une convalescence d'un mois.

Pour le saint Nom d'A'gloth,

Vigilant Clovis Valoris








Un entraînement dégénérant en conflit avec la milice

[Le 1er avril 2012]

Non loin des portes mêmes de Luminis, là où il avait pour habitude de les mener, je suivais depuis un bon moment un second entraînement avec le maître d'armes Harald Thorvaldson avec application et intérêt, quand un milicien survint et nous interrompit sans façon et avec grande impolitesse, avant de se montrer tout à fait agressif en voyant mon épée tirée. Il me menaça de son pistolet tout ne me demandant de lâcher ma lame avec un tutoiement contre lequel je protestai. Alors, il pointa l'arme vers mon visage en déclarant, furieux, que j'avais cinq secondes pour m'exécuter, tandis que messire Harald s'étonnait quand on n'avait rien trouver à redire à ses entraînements auparavant, et quand nous deux avions défendu la ville contre l'embuscade braj d'il y avait quelques temps. Le milicien n'avait cure de nos paroles, pas plus que de mon rôle de vigilant, et je me tint absolument immobile, lançant que si tel était son rôle, alors qu'il assassinât les défenseurs de la ville. Le milicien fit aboutir son décompte, et visa ma jambe ; toutefois, A'gloth ne le voulut pas ainsi, car sa balle manqua sa cible pour s'enfoncer dans le sol.

L'impie n'y vit que de la chance pour moi, l'inverse pour lui, et quand messire Harald tenta de ramener le sujet sur l'église d'A'gloth, le milicien, hors de lui, lui commanda de la fermer et déclara qu'il avait tous les droits. Puis il réclama à nouveau mon arme, mais y ajouta une nouvelle requête, à savoir le paiement d'une taxe pour pouvoir s'entraîner. J'exigeai à nouveau qu'il nous traitât avec plus de respect, et déclarai que je ne pouvais considérer la confiscation de mon arme, que j'avais remise au fourreau dès sa première injonction pourtant, que comme un vol, et que je devrais le châtier comme criminel s'il persévérait. Le milicien était manifestement borné, aussi tirai-je ma lame en me préparant au pire, messire Harald évoquant le lieutenant Calahan sans que cela eût le moindre effet. Les passants commençaient à observer ce qui se passait, et on pouvait même apercevoir quelques membres du Klan.

Ceux-ci déguerpirent toutefois rapidement, quand le milicien, à bout, sortit un cor dont il sonna pour appeler du renfort, qui se concrétisa en cinq miliciens. Je levai alors mon épée pour réclamer l'aide de ceux qui ne voudraient pas laisser dépouiller les saints vigilants d'A'gloth par une garde corrompue ; messire Kraelgor de l'Amicale Ferguson, qui se trouvait non loin, vint se placer à mes côtés avec sa fidèle hache. Messire Harald, lui, resta en retrait, l'arme au fourreau, se proposant simplement de payer la taxe au supérieur des miliciens... Pour ma part, c'était clair : on usait de prétextes anodins pour déclarer la guerre au clergé d'A'gloth. Un lieutenant nous ordonna de leur livrer nos armes, et fit observer que c'était la mort qui nous attendait sinon ; mais il n'était pas question pour moi de laisser dépouiller les preux par une garde qui aurait dû s'occuper des criminels. L'un des miliciens ordonna à messire Harald de se mettre à plat ventre, d'autres le maîtrisant sans qu'il s'y opposât, alors qu'il venait de glisser un mot pour l'église à un spectateur du nom d'Al'ryn qui s'esquiva, tandis que d'autres miliciens affluaient depuis la caserne toute proche.

Je me plaçai en posture défensive, légèrement accroupi derrière mon écu argenté, imité par messire Kraelgor dont le soutien ne se démentit pas, alors que le lieutenant réitéra ses exigences. Je fis remarquer que mon arme avait été mise au fourreau plus tôt et que je n'avais menacé personne d'icelle, de même qu'A'gloth les maudirait tous, comme les criminels qu'ils étaient, pour faire tuer des gens honnêtes sans raison. Au lieutenant qui se voyait comme la loi, j'opposai la justice qu'il ne connaissait pas, alors que toutes les armes étaient braquées sur moi et sur le nain. Le lieutenant sembla commander à un de ses hommes de venir nous prendre nos armes, hésitant peut-être légèrement à nous abattre, et je lançai un regard au brave nain qui allait partager mon sort. Alors, je demandai ce qui se passerait si nous coopérions, et on m'évoqua la prison, ce qui me parut beaucoup sinon à cause de leur haine des vigilants. On fut bien en peine de me donner un motif sinon un argument d'autorité et un port d'armes et une taxe dont on ne m'avait jamais parlé. Était-ce à dire que les vigilants d'A'gloth n'avaient pas le droit de porter une arme ?


Sur ces entrefaites, le père Émile Rédégast survint, très certainement alerté un peu plus tôt sur la tension qui ne faisait que monter sur les lieux, demandant à tous de se calmer pour s'expliquer. Je déclarai qu'on voulait me dépouiller de mon arme comme de mon honneur, quand le lieutenant évoqua des problèmes de port d'arme, de refus de payer la taxe d'entraînement, d'insulte à la milice et de refus d'obtempérer, sans compter le fait d'avoir songé à tuer l'un de ses hommes. Ce a quoi je répliquai que j'avais remis l'arme au fourreau face au premier milicien, qui avait envenimé la situation intentionnellement. : le tarif était toujours le même, déposer les armes, payer les taxes, faire de la prison Toutefois le prêtre se révéla tout autant surpris que j'avais pu l'être, quant au fait que les vigilants n'auraient pas le droit de porter des armes, eux qui contribuaient à la sécurité de la ville contre la criminalité tout comme le mal. Le lieutenant accepta de discuter avec le prélat, mais uniquement celui-ci, menaçant quiconque ouvrirait encore la bouche ; cela s'avéra assez vain, car l'officier confirma que les vigilants n'avaient aucun droit et que la milice était seule – il fallait comprendre là, qu'elle voulait être seule. Le père Rédégast tenta d'en appeler à la foi face à la lettre de la loi, mais le lieutenant avait la nuque raide, posant même ses conditions au prêtre, à savoir notre obéissance, ou la mort.

Je ne pouvais décemment pas causer la mort de mes alliés, aussi déclarai-je au saint prêtre que je suivrais ses ordres au nom d'A'gloth, et que je souffrirais cela par martyre s'il l'ordonnait, ce qu'il ne put que faire bien malgré lui ; alors mon épée fut déposée lentement par terre. Le père Rédégast plaida une dernière fois pour nous, mentionnant notre ignorance des lois et proclamant que les vigilants sauraient à quoi s'en tenir dorénavant, avant de quitter les lieux. Nous fûmes amenés à la caserne où nous dûmes décliner nos identités et subir un interrogatoire, après quoi on nous prit cinquante pièces d'or à chacun pour cause d'entraînement en lieu public, et autres argents pour les taxes personnelles – ce qui s'éleva à un total de cent pièces d'or pour ma part. Bien entendu, nos armes furent confisquées pour motif d'enquête, et nous comprîmes bien qu'il y avait peu de chance de les revoir jamais. On nous épargna toutefois la prison en estimant que la leçon devait avoir été assimilée.

Qu'A'gloth nous prête Sa force contre les tyrans,

Vigilant Clovis Valoris

Un voleur halfelin

[Le 31 mars 2012]

Un de nos confrères vigilants, qui faisait une ronde dans le quartier depuis un moment, vint me relever pour le tour de garde de la sainte chapelle d'A'gloth, tout en me précisant qu'un voleur était en train de sévir au marché ; il me conseilla de lui couper une main si je l'attrapais. Il semblait que les rumeurs désignaient un halfelin de Vilbas, sans qu'il pût m'en dire plus. Le vigilant, même si j'avais reçu des consignes pour nouer des liens avec les quartiers environnant les portes, me fit clairement comprendre qu'il ne souhaitait pas que j'associasse à ma recherche messire Kraelgor de l'Amicale Ferguson, qui se trouvait présent.

Je me mis donc en quête de notre voleur au marché, l'arpentant sans me démotiver pendant toute la matinée jusqu'à ce que, au bout d'environ trois heures, j'aperçus enfin quelque manifestation concrète du manège du semi-homme dans le coin des boulangers et des primeurs. Je contournai l'étalage de la marchande halfeline, pour le retrouver derrière ; toutefois, à peine avais-je prononcé deux mots qu'il s'enfuit en courant à grande vitesse en direction de Vilbas, mon armure lourde ne me permettant pas de songer à rivaliser.

Arrivé à Vilbas, je ne pus que constater que la foule qui s'y trouvait avait englouti mon voleur. De plus, celle-ci, quoi que je demandai à parlementer avec politesse, se montra relativement hostile et absolument non coopérative. Un halfelin présent finit par me demander ce que je recherchais, toutefois, les questions de vol ne semblaient pas le concerner le moins du monde, lui trouvant normal que certaines personnes se fissent dépouiller, y compris une marchande halfeline inconnue. En somme, je me trouvais face à un mur.

La situation s'avéra bloquée, jusqu'à ce qu'un halfelin ne tentât de me contourner pour quitter le quartier ; je crus reconnaître en lui mon voleur. Toutefois, celui-ci faisait comme si de rien n'était, prétendant qu'il n'avait rien d'un voleur et qu'il travaillait comme un esclave pour nourrir sa famille, sans compter que s'il arrivait en retard, sa journée de salaire lui serait ôtée. Il finit par quitter le quartier, moi me souvenant des paroles du vigilant qui m'avait aiguillé sur ce cas, prétendant que ces halfelins se ressemblaient tous.

Je le suivis tout de même et l'arrêtai alors qu'il se dirigeait vers Bordnagar, persuadé malgré tout qu'il s'agissait bien du voleur. Je lui proposai le moyen de laver les soupçons ou de les confirmer, en se présentant devant la marchande halfeline, qui le reconnaîtrait bien, mais il ne voulut là encore rien entendre, prétextant de son travail dans les mines. Puis, arguant encore du fait que je n'étais pas milicien et qu'il allait écoper de coups de fouet, il fit volte-face pour regagner en trombe son quartier, où le même scénario allait m'attendre fatalement. Sans doute le fameux filet vigilant n'aurait-il pas été de trop dans un tel cas.

J'allai retrouver le vigilant en poste devant la chapelle, lui expliquant sommairement que le voleur avait pris la fuite mais que je saurais me souvenir de son visage ; de plus, deux halfelins m'avaient témoigné une certaine reconnaissance quand j'avais combattu à Vilbas un semi-orc, contrairement à la foule, et pourraient peut-être m'aider. Le vigilant me laissa entendre que nous ne manquerions pas de travail de toute façon, que ce fût quant aux voleurs ou quant à la milice...

Qu'Oculus maximus maintienne notre vigilance à son zénith,

Vigilant Clovis Valoris